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10 000 ans d’(agri)culture reniée

Point de vue de Danielle Even, éleveuse de porcs et Présidente d’Agriculteurs de Bretagne publié dans l'édition du 19 septembre d'Ouest-France.

À tous ceux qui portent un regard bienveillant sur l’action des associations animalistes, je veux faire œuvre de pédagogie. Nous voyons émerger deux types d’associations avec une ligne de fracture très nette autour du statut des animaux d’élevage.

D’un côté, les "welfaristes", ils veulent améliorer la situation des animaux d’élevage tout en reconnaissant à l’homme le droit d’élever et d’abattre des "animaux de rente" pour se nourrir. Les acteurs de l’élevage et de l’agroalimentaire travaillent avec ces associations pour améliorer leurs rapports aux animaux. Basé sur une exigence et un respect réciproque, le dialogue fonctionne et les pratiques progressent.

En face, ceux que l’on appelle les "abolitionnistes" qui ne font aucune distinction entre les trois catégories d’animaux : sauvages, de rente ou domestiques. Pour ces associations, souvent « anti-spécistes », homme et animal sont égaux et l’un ne peut se servir de l’autre. Avec les abolitionnistes, aucun échange n’est possible, tant leur mode d’action se situe hors de notre champ d’acceptation moral et légal.
Les "abolitionnistes", sous couvert de vouloir limiter la souffrance et la mort des animaux d’élevage, cachent  un projet de changement radical de nos modes de vie en voulant nous interdire toute utilisation des produits animaux. En clair, plus d’œufs, plus de lait, plus de viande, plus de cuir… Je vous laisse imaginer les conséquences directes sur notre quotidien, notre alimentation, notre santé, nos emplois et notre culture : 10 000 ans d’agriculture et de tradition alimentaire passées à la trappe au nom d’une compassion animale exacerbée.

Laissez-nous notre liberté de manger !

Quand nous posons la question de l’avenir des éleveurs aux abolitionnistes, ils nous répondent que les éleveurs devront élever leurs animaux sans jamais devoir les conduire à l’abattoir. Ce propos pourrait presque prêter à sourire, si ce n’est l’audience que ces associations revendiquent. Leur vision extrémiste pourrait être discutée si elle ne s’accompagnait pas d’un prosélytisme dogmatique, en totale opposition avec la liberté de penser et d’agir à laquelle nous, agriculteurs et consommateurs sommes très attachés. C’est un changement de civilisation qu’ils veulent imposer à l’humanité. Nous leur opposons notre libre arbitre : laissez-nous notre liberté de manger !

Face à ces marchands de peur, notre réponse doit être ferme, nous devons leur opposer notre enthousiasme et notre passion. Nous devons multiplier les actions de communication positive. Sur nos fermes, lors des évènements culturels et sportifs, sur les réseaux sociaux, nous devons montrer la réalité de notre métier. Mettre en lumière les progrès accomplis chaque jour sur nos exploitations pour répondre toujours mieux aux attentes des consommateurs. L’agriculture bretonne est l’une des meilleures au monde, les agriculteurs de Bretagne et d’ailleurs vont poursuivre et amplifier leurs actions pour le démontrer.
Ce challenge nécessite l’implication de chacun d’entre nous. Mobilisons-nous, agriculteurs, salariés, entreprises… pour raconter le quotidien de nos exploitations agricoles. Mais aussi pour repousser la machine à fantasmes instrumentalisée par les tenants d’un activisme animaliste radical.

Lors de Terre 2017, journée de débats sur l’avenir de l’agriculture à Rennes, une salle entière, d’agriculteurs, de décideurs, d’étudiants et de consommateurs s’est levée pour dire non. Non à une idéologie jusqu’au-boutiste qui vise l’éradication de l’élevage sur la planète et donc la disparition de la viande de nos assiettes.