Christelle Ribourdouille
Christelle Ribourdouille : Quand l’innovation solaire s’invite dans l’élevage de veaux à Plémet
À 50 ans, Christelle incarne le nouveau visage de l’agriculture bretonne : une agriculture de conviction, technique et résolument tournée vers l’avenir. Installée sur la commune de Plémet dans les Côtes d’Armor, elle gère aujourd’hui un élevage de 500 veaux de boucherie, une exploitation riche d’une histoire familiale débutée par sa grand-mère en 1982.
Du commerce à la terre : une reconversion choisie Après une carrière dans le secteur commercial, Christelle a choisi de reprendre l’exploitation paternelle il y a dix ans. Ce choix n’était pas seulement professionnel : elle souhaitait retrouver une qualité de vie et pouvoir consacrer du temps à ses enfants, tout en travaillant auprès des animaux.
Le bien-être animal et la technicité au cœur du métier L’éleveuse ne cache pas son attachement au bien-être de ses animaux. Mais pour Christelle, la bientraitance va de pair avec la performance technique. « Essayer d’améliorer notre technique pour avoir de bons résultats et voir les animaux avoir une croissance correcte », explique-t-elle. Cela passe par une surveillance constante et une alimentation de précision.
La transition énergétique comme levier de performance En 2024, l’exploitation a franchi un cap écologique majeur. Pour réduire sa dépendance au gaz — indispensable pour chauffer l’eau à 80°C nécessaire à la préparation du lait des veaux — Christelle a investi dans un tracker solaire et des panneaux solaires thermiques.Le saviez-vous ? Contrairement aux panneaux photovoltaïques qui produisent de l’électricité, les panneaux solaires thermiques captent la chaleur du soleil pour chauffer directement un fluide (ici de l’eau). Le résultat est sans appel : une consommation de gaz divisée par deux, prouvant que l’écologie est un atout économique pour les agriculteurs bretons.
Nutrition et observation : le quotidien de Christelle, éleveuse de veaux
L’arrivée et le rythme de croissance Sur l’exploitation de Christelle à Plémet (22), tout commence par l’accueil de veaux âgés de 21 jours. Ils resteront sur place entre 24 et 26 semaines selon la saison. Si à leur arrivée les veaux reçoivent 2 litres de lait matin et soir, cette ration grimpe progressivement jusqu’à atteindre 7 litres (soit 14 litres par jour !) en fin de lot.
La science de la rumination : l’importance des fibres L’un des points clés abordés par Christelle est la santé digestive. Contrairement aux idées reçues, le lait ne suffit pas. L’apport d’aliments fibreux et de paille est indispensable.
« On rajoute beaucoup de paille pour pouvoir leur faire travailler le rumen », explique Christelle. Le rumen est le premier des quatre compartiments gastriques des ruminants. Stimuler cet organe grâce aux fibres permet d’éviter les troubles digestifs et garantit une croissance saine et naturelle de l’animal.L’œil de l’éleveuse : une surveillance constante La journée de Christelle commence à 7h. Après la distribution du lait et des aliments, une étape cruciale s’engage : le tour d’observation. C’est à ce moment précis, une fois la « buvée » (le moment où les veaux boivent) terminée, que l’éleveuse peut déceler le moindre signe de faiblesse ou de maladie. Un veau qui ne se comporte pas comme d’habitude après son repas est un signal d’alerte immédiat.
La « cuisine » de Christelle
La précision au service du soin Pour Christelle, élever des veaux de boucherie demande une rigueur. Dans sa cuisine de préparation, pas de place pour l’approximation : un robot gère le mélange du lait en calculant exactement le nombre de litres et de grammes nécessaires à chaque buvée. L’eau, chauffée à 80°C (grâce à ses panneaux solaires vus précédemment), permet une dissolution parfaite de la poudre.
Le lactosérum. La grande nouveauté de son système est l’intégration du lactosérum directement sur le site. Ce liquide, souvent appelé « petit-lait », est le résidu de la fabrication des fromages et yaourts. Riche en nutriments, il est récupéré par Christelle pour constituer une alimentation liquide de qualité.
Une distribution optimisée L’innovation continue jusqu’au bâtiment d’élevage grâce à un système de canalisations souterraines. À l’aide d’un pistolet doseur, Christelle peut servir précisément chaque auge. Ce système permet un gain de temps précieux, laissant plus de place à l’observation et au contact direct avec les animaux.