Thomas Le Bot
Titre : L’art de la diversité pour faire vivre le terroir de Plougastel
À Plougastel-Daoulas, le nom de la fraise résonne comme une institution. Pour Thomas, revenu sur la ferme familiale en 2016 et installé officiellement en 2023 aux côtés de son père, l’enjeu est double : maintenir la qualité exceptionnelle des petits fruits rouges tout en assurant une pérennité sociale à son entreprise.
Dans ce reportage, Thomas nous détaille son calendrier de production. Tout commence fin mars avec l’emblématique Gariguette, suivie de la Dream en avril, pour finir avec les variétés Favori et Murano qui prolongent le plaisir jusqu’aux premières gelées d’octobre.
Au-delà de la technique, c’est la gestion de la main-d’œuvre qui dicte le rythme. Avec 20 salariés en haute saison, Thomas a fait le choix stratégique de la diversification. En introduisant la framboise dès le mois de mai et la myrtille en juillet, il comble les périodes de creux de la fraise. Cette approche permet de conserver des salariés formés et compétents tout au long de l’année, créant un cycle vertueux entre la récolte d’été et la remise en culture des plants de fraises dès novembre.
Un bel exemple d’agriculture bretonne qui allie agronomie et vision humaine.
Le lexique d’Agribretagne
Mise en culture : C’est le moment où l’on installe les plants dans leur environnement de croissance (serre ou plein champ) pour préparer la future récolte.
Gariguette de Plougastel : L’exigence de la culture « à froid » chez Thomas
S’il est une variété qui fait la fierté de la Bretagne, c’est bien la Gariguette. Sur sa ferme de 1,5 hectare à Plougastel-Daoulas, Thomas perpétue cette tradition avec un choix technique fort : la culture à froid. Contrairement à d’autres productions, ici, les structures ne sont pas chauffées. Ce choix impose un calendrier rigoureux et un travail manuel intense durant les mois d’hiver.
Le cycle commence dès novembre avec la mise en place du substrat (mélange de tourbe et d’écorces), suivi de la plantation en décembre. Janvier est dédié au nettoyage minutieux des plants, une étape cruciale pour éviter les maladies.
L’étape la plus spectaculaire reste le « peignage » en février et mars. Ce geste consiste à dégager les hampes florales pour les orienter vers la lumière. Ce n’est pas qu’une question d’esthétique : cela permet une meilleure photosynthèse pour le fruit et, surtout, un accès facilité pour les bourdons. Ces derniers assurent la pollinisation, garantissant ainsi des fraises bien formées et savoureuses pour le lancement de la saison fin mars.
Un reportage qui montre que derrière chaque barquette de fraises, il y a des mois de préparation et une attention de chaque instant.
Le lexique d’Agribretagne
- Culture à froid : Cela signifie que Thomas ne chauffe pas ses serres. Il laisse la nature suivre son cours, ce qui explique pourquoi ses fraises arrivent un peu plus tard que celles des serres chauffées, mais avec un rythme plus naturel.
- Substrat : C’est le « terreau » (ici un mélange de tourbe et d’écorces) dans lequel la fraise puise ses nutriments.
- Hampes florales : Ce sont les tiges qui portent les fleurs (et donc les futures fraises).
- Peignage : C’est une étape manuelle minutieuse qui consiste à sortir les tiges des feuilles pour que les fleurs voient bien la lumière et soient accessibles aux pollinisateurs.
Diversification et précision : Le défi de la framboise et de la myrtille chez Thomas
Pour clore notre série à Plougastel-Daoulas, nous nous penchons sur la diversification réussie de Thomas. Si la fraise reste la reine, la framboise et la myrtille ont pris une place stratégique sur la ferme, malgré des contraintes techniques et humaines importantes.
Le défi de la main-d’œuvre
Thomas souligne une différence majeure dans le rythme de travail :
- Fraise : 10 à 15 kg récoltés par heure.
- Framboise : 4 à 5 kg seulement.
Cette faible productivité horaire explique pourquoi la framboise est un produit délicat et précieux, nécessitant un équilibre économique parfait avec la production de fraises.
La science de la myrtille
Côté myrtilles, la gestion se fait dès l’hiver par une taille de formation rigoureuse. L’objectif est de donner au buisson une forme de cône. Cette structure évite que les branches ne se croisent, ce qui provoquerait la chute des fruits. La disposition est aussi pensée pour la lumière : les fleurs en haut, les feuilles en bas.
Thomas utilise une formule simple pour estimer son potentiel de production :
1 fleur = 8 fruits. 1 fruit = 2 grammes.
Avec deux cycles de récolte pour la framboise (mai et septembre) et une gestion millimétrée des cinq variétés de myrtilles, Thomas prouve que l’agriculture de demain à Plougastel passe par une maîtrise parfaite de la technicité et une adaptation constante aux besoins du marché.
Le lexique d’Agribretagne
- Potentiel de récolte : C’est le calcul que fait l’agriculteur pour estimer combien de kilos il va pouvoir vendre en observant les fleurs.
- Taille de formation : Comme pour un rosier, on coupe les branches pour donner une forme spécifique (ici en cône) afin que la lumière passe et que la cueillette soit plus simple.