Cultiver sans pesticides, c’est possible ?

ANNE LAURE KERBRAT

Installée depuis 2014 à Taulé, Anne-Laure Kerbrat cultive des tomates sous serre, en conventionnel mais sans pesticides. Elle nous explique comment.

Sous ces 2,5 hectares de serres, la nature est reine. Ce sont des insectes qui protègent les plants de tomates de leurs agresseurs, dont l’entrée est sérieusement contrôlée. C’est ce que l’on appelle la lutte biologique intégrée. Dans le même esprit, des bourdons, spécialement introduits dans les serres, se chargent de polliniser les fruits. Pour le confort de la plante, la température de la serre est contrôlée et adaptée en permanence. Même l’eau est gérée avec le plus grand soin puisque les excédents d’arrosage sont récupérés et filtrés pour être réutilisés.

Le souci environnemental

« Je ne fais pas de bio mais je cultive sans pesticides », insiste l’exploitante. Ici, les plantes sont suspendues à 75 centimètres avec des racines dans de la laine de roche et des apports en engrais soluble. L’air est ainsi mieux brassé et la culture est plus homogène. « À 95 %, je suis dans le protocole bio  », précise-t-elle. Mais il faut être très vigilant. Les principaux agresseurs des tomates, ce sont de petits insectes, les aleurodes. Ils sont attirés par la couleur jaune… « La règle fondamentale, c’est que dès que l’on détecte un aleurode, il faut immédiatement placer un piège jaune  ! ». Et si cela ne fonctionne pas, on fait intervenir les encarsias, d’autres insectes qui colonisent les œufs des aleurodes et les empêchent de se développer.

Des bourdons, spécialement introduits dans les serres, se chargent de polliniser les fruits.

Des labels pour le consommateur

Les tomates d’Anne-Laure Kerbrat bénéficient du label “Cultivés sans pesticides de synthèse”. Le cahier des charges est proche de celui de l’agriculture biologique mais il permet de sortir temporairement de la démarche pour sauver une plante malade avec une seule pulvérisation. Le risque concerne surtout la tomate cocktail, très sensible au mildiou au printemps. La serre doit aussi recevoir le label Haute Valeur environnementale (HVE) (entretien des locaux, plantations, recyclage de l’eau…). « Cela va être contrôlé par un certificateur. C’est une forme de reconnaissance pour notre travail ».

L’œil de l’expert

« Il y a trois axes de travail pour produire sans pesticides. Le premier concerne les produits de biocontrôle basés sur l’utilisation de mécanismes naturels dont nous testons l’efficacité et les modes d’application. Ces produits englobent des micro-organismes (champignons, bactéries…), des phéromones, des substances naturelles ou des insectes, par exemple. Le deuxième axe touche aux végétaux, plus ou moins sensibles aux maladies : nous cherchons les meilleurs compromis parmi les variétés proposées par les semenciers entre productivité, qualité, aspects sensoriels et résistance ou tolérance aux maladies. Nous travaillons enfin sur les serres semi-fermées comme on en trouve dans le sud de la France  : avec ses ouvertures limitées protégées par des filets, elles retardent l’entrée de certains ravageurs ».

Alain Guillou, responsable pôle légumes sous abri, au CATÉ, station expérimentale à Saint-Pol-de-Léon

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