Pourquoi les rayons d’oeufs sont-ils vides ?

Yves-Marie Beaudet, éleveur et Président de l’interprofession des œufs (CNPO)
Depuis quelques mois, nous avons tous été confrontés au moins une fois à un rayon d’œufs désert. Yves-Marie Beaudet, éleveur et Président de l’interprofession des œufs (CNPO), nous partage son analyse.
C’est mercredi, vous avez décidé de faire des crêpes, mais… vous ne trouvez plus un œuf dans le rayon de votre grande surface ! Pourtant, une semaine plus tôt, ils étaient pleins. Une tendance directement liée à l’augmentation de la demande des consommateurs : la consommation progresse plus vite (+ 5 %) que la production (+ 1 %). « À horizon 2035, pour assurer les besoins des Français en consommations d’œufs, la France devra mettre en place 1 million de poules pondeuses supplémentaires par an pendant dix ans », explique Yves-Marie Beaudet, éleveur de poules pondeuses et président de l’interprofession de l’œuf (CNPO). L’interprofession a donc lancé un nouveau plan de filière pour la période 2024-2030. « En 2026, notre objectif est de construire 40 nouveaux bâtiments pour accueillir 1,2 million de poules. Nous allons y arriver, mais il faut un peu de temps », complète-t-il. Entre le début de réflexion d’un projet et la production des premiers œufs, il faut en effet compter 2 ou 3 ans.
Des difficultés administratives pour les éleveurs
Toutefois, « les éleveurs rencontrent des difficultés administratives et sociétales qui peuvent les décourager autant pour construire que pour agrandir un bâtiment avicole. ». La réglementation européenne impose de demander une autorisation ICPE pour tout bâtiment de plus de 60 000 poules pondeuses. En France, le seuil est même plus exigeant, avec 40 000 poules. « De plus, les projets de bâtiment de poules pondeuses peuvent être freinés par des collectifs citoyens qui ne souhaitent pas d’élevage avicole près de chez eux. Pourtant, notre agriculture est l’une des meilleures au monde et il serait très dangereux pour notre souveraineté alimentaire de dépendre des importations », regrette Yves-Marie Beaudet.
« En 2026, notre objectif est d’accueillir 1,2 million de poules supplémentaires. »
De son côté, il produit 50 millions d’œufs par an et répond constamment aux besoins du marché : « au cours de ma carrière, j’ai réduit progressivement la part de poules en cages afin de répondre à la demande des consommateurs, qui souhaitent plus de bien-être animal. D’ici 2027, ma production sera constituée de 70 % d’œufs de code 2 (sol) et de 30 % d’œufs en code 1 (plein air) ».

Olivier Dauvers, spécialiste de la grande distribution
« Nous ne pouvons pas parler de pénurie. Il s’agit plutôt de tensions dans l’approvisionnement : la consommation progresse plus vite que la production, donc les rayons sont parfois vides d’une semaine à l’autre, d’un endroit à l’autre, sans jamais que ce soit constant. En tant que protéine animale peu onéreuse, l’œuf séduit les consommateurs. Son prix a toutefois augmenté de 20 à 25 % depuis 3 ans. C’est un effet direct de l’offre et de la demande ! Pourtant, malgré la bonne rémunération des éleveurs de poules pondeuses, la lourdeur administrative freine les agrandissements ou la construction de nouveaux élevages qui permettraient de répondre à la demande. Or, si la France n’atteint pas l’autonomie alimentaire en œufs, il faudra les importer d’Espagne, d’Ukraine ou de Pologne, où les normes sanitaires sont moins exigeantes que les nôtres ».