Quelles productions agricoles dans 100 ans en Bretagne ?

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À quoi ressembleront nos campagnes bretonnes dans un siècle ? Serge Zaka, agroclimatologue, nous partage ses projections sur les cultures qui pourront être développées dans notre région.

À quoi faut-il s’attendre côté climat en Bretagne dans 100 ans ?

Même si le changement climatique concerne toutes les régions françaises, la Bretagne gardera un climat un peu plus tempéré grâce à la Manche et à l’océan Atlantique. Il restera un peu moins abrupt que dans les régions situées à l’intérieur des terres. Cette spécificité permettra d’éviter les forts gels hivernaux, ce qui est un atout pour mieux produire, et d’atténuer les grosses canicules estivales. La Bretagne est donc un eldorado pour l’avenir, notamment en maraîchage d’hiver (navets, choux-fleurs, poireaux…) et en maraîchage d’été. Toutefois, l’été, il ne sera plus possible de produire du chou-fleur ou de la salade. Il fera trop chaud. À la place, les maraîchers pourront cultiver des aubergines, courgettes, tomates, melons ou pastèques. La Bretagne bénéficiera en effet de caractéristiques exceptionnelles pour produire des légumes du soleil, à l’instar de la Provence actuellement. C’est intéressant aussi bien au niveau climatique qu’économique. En effet, l’Espagne, qui produit la majorité de ces produits à l’export, aura de plus en plus de difficultés liées à la chaleur. La Bretagne gagnera des parts de marché.

Quels types de fruits produira-t-on?

En arboriculture, le climat pourrait devenir intéressant, mais certains critères appellent à la vigilance. Quand le froid deviendra insuffisant l’hiver, certaines variétés actuelles ne pourront plus être cultivées. C’est notamment le cas du côté des pommiers et poiriers, qui nécessitent beaucoup de froid pour fleurir. Par contre, il sera possible de produire des kakis, des pêches plates et nectarines, des fraises et fruits rouges ou encore des abricots du côté du bassin de Rennes. Les variétés ne devront pas être trop précoces, afin d’éviter le gel de printemps.

« Il faudra impérativement apprendre à gérer l’eau »

Quel impact aura le climat sur les prairies et les grandes cultures?

La Bretagne reste intéressante, car la pousse de la prairie en hiver sera assez continue. Elle sera importante au printemps grâce à la disponibilité en eau. Le principal problème sera l’excès d’eau, qui peut nuire à l’accessibilité des prairies. En été, le déficit de pousse lié aux épisodes de sécheresse peut être tempéré par l’implantation de luzerne et la fétuque élevée, donc les racines profondes peuvent plus facilement aller chercher l’eau. Du côté des grandes cultures, l’orge, le colza ou le blé connaitront un meilleur rendement en hiver. Le problème sera, là aussi, l’excès d’eau en saison froide. Il y a quand même un point noir : les cultures d’été, comme le maïs, le tournesol ou le soja, souffriront de plus en plus après 2040. La sécheresse estivale entrainera des pertes de rendement.

Pour résumer, quel serait votre conseil pour que la Bretagne continue de bien produire ?

Il faudra impérativement apprendre à gérer l’eau. Les nappes phréatiques sont en déficit même ici. La région dépend de l’eau de surface, donc s’il ne pleut pas pendant 2 ou 3 semaines l’été, on parle déjà de sécheresse. Il faudra gérer l’eau d’écoulement avec des bassins de rétention, en concertation avec les hydrogéologues et les scientifiques du territoire. Cela dit, c’est une des rares régions de l’Europe de l’ouest qui s’en sort plutôt bien, avec l’Écosse et l’Irlande, par exemple.