Vie pro, vie perso : une gageure pour les agriculteurs ?

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Élever des porcs et s’engager pour la filière

Jean-Pierre Simon, EARL La Croix-Triquet (35)

«Mon fils Adrien et moi élevons 340 truies. Nous avons deux salariés. Quand il m’a rejoint sur la ferme comme associé, nous avons pu nous libérer 4 semaines de congés par an. Il y a toujours au moins un responsable sur l’élevage. Grâce à notre organisation, j’ai commencé à m’engager dans divers mandats qui me prennent un bon tiers de mon temps de travail. Je suis notamment président du Groupement Régional des Producteurs de Porcs de l’Ouest et vice-président de l’Union des Groupements de Producteurs de Viande de Bretagne. Enfin, je prends part à des conseils d’administration dans diverses instances agricoles. Ces engagements me permettent d’échanger et de défendre la production porcine au niveau politique, dans un esprit collectif que je trouve important.»

Une vision de l’élevage qui évolue

«Les dix premières années de mon installation, c’était plus difficile de trouver du temps : il faut démarrer l’élevage et la mentalité était différente. Mon fils, Adrien, qui vient d’être papa, souhaite plus de temps pour lui et je le comprends. J’ai moi-même évolué au fil des ans ! Les élevages sont plus modernes, l’activité moins physique et nous bénéficions de main-d’œuvre salariée. C’est donc devenu plus facile de nous organiser. En plus, Adrien aime communiquer et nous recevons souvent des MFR (Maison Familiale Rurale). C’est un atout pour recruter des salariés, qui viennent vers nous directement. Aujourd’hui, je suis satisfait d’avoir pris tous ces mandats et j’ai trouvé mon équilibre.»


Cultiver le lien social en dehors de l’élevage

Olivier Sourdin, éleveur au Châtellier (35)

«J’élève 60 vaches laitières et 12000 poules pondeuses en agriculture biologique, au Châtellier, près de Fougères. Je suis aussi le père de 3 enfants. Du côté des loisirs, je pratique le foot et j’ai été président du club local, qui compte 160 licenciés, pendant 5 ans. Cette responsabilité m’a amené à m’investir auprès de la commune. Cette année, j’ai arrêté la présidence afin de m’engager comme 1er adjoint à la commune et vice-président de la communauté de communes, en charge de l’agriculture et de l’environnement.»

Rester disponible pour les enfants

«J’ai une salariée à 80 % qui, depuis 7 ans, travaille avec moi en alternance : je fais la traite des vaches à partir de 5 h 45 pendant que les enfants dorment. Puis je les emmène à l’école et ensuite je ramasse les œufs. Elle s’occupe de la traite et des
œufs l’après-midi. Pendant ce temps, je travaille dans les cultures et sur la maintenance du matériel. Je suis disponible pour les enfants le soir. Concernant mes autres engagements, notre métier nous permet de gérer notre temps avec plus de flexibilité. C’est un avantage pour faire avancer les différents dossiers.»

Le goût du challenge

«J’ai besoin de ce rythme. J’ai long- temps été investi dans le syndicalisme avec les Jeunes Agriculteurs : j’aime contribuer à la vie événementielle et aux innovations de notre territoire. En 2018, j’ai été président de Terres de Jim, une grande fête agricole organisée par les Jeunes Agriculteurs. Nous étions fiers d’accueillir 80000 personnes en 3 jours sur cet événement. Cultiver le lien social est important pour moi, y compris en dehors de l’activité agricole. J’ai besoin de cette ouverture vers l’extérieur et j’aime le challenge.»


Éleveuse, mère et engagée

Adeline Berthelot, EARL du Bois au Bé (22)

«Avec mon salarié et avec l’aide de mes parents retraités actifs, je conduis un troupeau de 85 vaches de race Limousine, avec un système très herbager. Grâce à ces mères et à nos 7 taureaux, nous faisons naître de futures vaches et taureaux reproducteurs inscrits à la race. Par ailleurs, nous participons à 3 concours par an avec nos animaux. En dehors de l’élevage, je suis conseillère régionale, déléguée aux formations agricoles, présidente de l’organisation de producteurs bovins et administratrice à la coopérative Eureden. Je consacre 4 jours par semaine à ces mandats. Je travaille beaucoup en soirée pour gérer le côté administratif de mon élevage et les dossiers relatifs à mes mandats. Toutefois, dans les périodes stratégiques, comme les vêlages, qui sont regroupés de fin août à novembre, je n’accepte presque pas de réunions. L’élevage reste ma priorité. De plus, j’habite à 30 km de la ferme, ce qui demande une organisation assez fine.»

Des rencontres enrichissantes

«J’aime voir du monde et sortir de la ferme. Nous sommes peu d’éleveurs bretons en viande bovine, nous devons défendre
notre production. Au départ, je ne voulais pas rentrer dans la politique. Finalement, je trouve que c’est une bonne chose pour faire bouger les dossiers agricoles sur le terrain. J’invite tout le monde à s’engager, c’est très épanouissant et les rencontres sont enrichissantes.»

L’importance d’un bon soutien

« Finalement, c’est surtout une question d’organisation et de soutien. Je suis bien épaulée : j’ai le même salarié depuis 4 ans et de l’aide familiale sur la ferme. À la maison, mon mari et mes enfants me déchargent pour que je ne passe que du temps de qualité avec eux quand je rentre le soir. J’ai aussi toujours fait mon maximum pour participer aux réunions professeur, aux sorties scolaires. Dans mon métier, il y a des périodes plus intenses que d’autres. Mais aujourd’hui, j’ai trouvé un bon équilibre.»


Fabriquer du fromage tout en préservant les loisirs

Anaïs Le Bars, Gaec Pors Don (22)

«Je me suis installée en mai 2024 avec mon père, ma mère et ma sœur. J’ai toujours su que je voulais m’installer avec ce projet de diversification et de vente directe. Ma sœur, qui travaillait en agence immobilière, a fait sa reconversion en agriculture et transformation fromagère pour nous rejoindre sur le projet. Nous avons actuellement 90 vaches laitières en système herbager. L’objectif est de descendre à 60-70 vaches pour conserver du temps pour la transformation et nos loisirs.»

Une organisation souple

«Nous travaillons tous les jours, à raison de 50-55 heures par semaine en moyenne. Le week-end, nous passons à la monotraite : en ne trayant les vaches que le matin, nous nous libérons du temps. Nous formons un duo le samedi et un autre le dimanche pour avoir chacun un jour de repos par semaine. Chaque année, nous prenons une dizaine de jours de congés et nous essayons de profiter des jours fériés. Notre organisation reste souple pour s’adapter aux besoins de chacun. Sur mon temps personnel, je pratique le foot, la danse, la course et je suis conseillère municipale. Ces activités me prennent 3 à 4 soirs par semaine. Mais j’ai besoin de créer du lien social : ma sœur et moi avons été éduquées comme ça. Pour l’instant, cet équilibre me convient. Peut-être qu’avec l’atelier de transformation, nous devrons nous ajuster, voire, un jour, embaucher un salarié pour garder le même rythme.